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Canicule : médicaments & pic de chaleur

Voici ce qu'il faut savoir.

La rédaction

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Le site de référence pour des infos santé fiables et de qualité.

Diurétiques, antidépresseurs, anti-inflammatoires, gels contre les tendinites… Quand le thermomètre s’emballe, plusieurs traitements du quotidien méritent un coup d’œil avant la vague de chaleur.

Plus de 24 000 passages aux urgences pour des pathologies liées à la chaleur l’été dernier. C’est le bilan de Santé publique France pour 2025 : coups de chaleur, déshydratations, hyponatrémies. La part exacte des médicaments dans ces chiffres reste difficile à isoler, mais l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) répète l’avertissement chaque été. Plusieurs familles de traitements peuvent aggraver les effets de la chaleur sur l’organisme. Pas de quoi paniquer ni tout arrêter d’un coup. Mais un échange avec son médecin ou son pharmacien avant le pic de chaleur peut éviter bien des ennuis.

Pourquoi la chaleur change la donne

Le corps tourne à 37 °C. Quand il fait très chaud dehors, il évacue sa propre chaleur en transpirant. Tant qu’il a assez d’eau et que les mécanismes de régulation marchent normalement, ça tient.

Des médicaments peuvent interférer avec ces mécanismes. Certains poussent les reins à éliminer plus d’eau et de sels. D’autres font monter la température corporelle de l’intérieur. D’autres encore provoquent une baisse de tension qui coupe la sensation de soif. En période de canicule, l’organisme peut perdre plusieurs litres d’eau par jour. Cette déshydratation, en retour, freine l’élimination de certains traitements. Ils s’accumulent dans le corps, avec des effets parfois sérieux.

Les quatre grandes familles à surveiller

Les traitements qui aggravent la déshydratation

Les diurétiques d’abord, prescrits notamment dans l’hypertension ou l’insuffisance cardiaque. Ils augmentent les pertes urinaires, c’est leur métier. Les laxatifs en usage prolongé et certains antiépileptiques entrent dans la même catégorie. Chez une personne âgée ou qui boit peu, l’effet peut basculer vite vers une déshydratation sérieuse.

Ceux qui font monter la température corporelle

Les antidépresseurs, les antipsychotiques et les antiparkinsoniens peuvent gêner la thermorégulation et favoriser une montée de la température interne. Associé à une exposition prolongée à la chaleur, l’effet peut conduire à un coup de chaleur. Urgence médicale absolue.

Ceux qui peuvent malmener les reins

C’est la catégorie la plus large. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène, le naproxène ou le diclofénac. L’aspirine. Certains antihypertenseurs (IEC, ARA II, diurétiques). Plusieurs antibiotiques, antidiabétiques, antiviraux. Le lithium. La digoxine. Tous peuvent perturber le fonctionnement rénal quand le corps est déshydraté. Le risque va de l’insuffisance rénale aiguë réversible au surdosage médicamenteux. Pour le lithium, dont la marge thérapeutique est étroite, les concentrations sanguines peuvent grimper en quelques jours.

Baisse de tension ou somnolence

Certains neuroleptiques, antimigraineux et antidouleurs opiacés peuvent provoquer une baisse de tension ou une somnolence. Le danger en pratique : boire moins, sentir moins la soif, passer à côté des premiers signes d’un coup de chaleur.

Le paracétamol et l’aspirine

Un coup de chaleur n’est pas une fièvre infectieuse. C’est un emballement de la thermorégulation. Le paracétamol agit sur le centre de la fièvre dans le cerveau, qui n’est pas en cause ici. Il ne sert à rien. L’aspirine, elle, peut perturber la thermorégulation et aggraver la situation. Mal de tête après une exposition à la chaleur ? Se mettre au frais, boire, et consulter si les symptômes durent ou s’aggravent. Pas de comprimé qui résoudra le problème.

Les médicaments photosensibilisants

Beaucoup de patients ignorent que leur traitement peut faire réagir leur peau au soleil. La liste est plus longue qu’on ne croit : certains traitements contre l’acné, plusieurs anticancéreux, des anti-inflammatoires, certains antibiotiques (les cyclines notamment), des médicaments contre l’allergie, des hypocholestérolémiants, certains psychotropes.

Un cas mérite une attention particulière : les gels à base de kétoprofène, utilisés contre les tendinites, les douleurs de dos, l’arthrose ou les entorses. La zone traitée doit rester couverte par un vêtement pendant toute la durée du traitement. Et pendant les deux semaines qui suivent son arrêt. Une exposition au soleil, même voilé, ou aux UVA d’un solarium, peut provoquer des réactions cutanées sérieuses sur la zone d’application. Pensez aussi à bien vous laver les mains après chaque application.

Pour les autres médicaments photosensibilisants, la consigne reste la même : éviter le soleil, ou à défaut couvrir la peau et appliquer une protection solaire à fort indice. L’information figure dans la notice, à la rubrique des précautions d’emploi. En cas de doute, votre pharmacien tranche la question en trente secondes.

Conservation à la maison : les bons réflexes

Pour les boîtes qui ne portent aucune mention particulière de conservation sur l’emballage, rangées normalement à domicile, les essais de stabilité réalisés avant la mise sur le marché ont montré qu’une exposition de plusieurs semaines à 40 °C ne dégrade pas le produit. Pas de panique pour les comprimés courants.

Pour les médicaments à conserver à moins de 25 °C ou 30 °C, un dépassement ponctuel de quelques jours, voire quelques semaines, ne pose en général pas de problème. Mieux vaut quand même les ranger dans la pièce la plus fraîche du logement, et éviter l’exposition directe au soleil.

Les médicaments à conserver entre 2 et 8 °C (insuline, la plupart des vaccins, certains traitements biologiques) restent au réfrigérateur. Une fois sortis, ils doivent être utilisés rapidement. Ce qu’il faut absolument éviter : les cycles froid-chaud-froid, plus délétères qu’une sortie prolongée unique. Pour les voyages d’été, un emballage isotherme avec accumulateurs de froid devient indispensable.

Trois cas demandent un œil attentif. Les suppositoires, ovules, crèmes et pommades d’abord, qui peuvent fondre ou se déstabiliser. Les patchs transdermiques ensuite : la transpiration peut modifier leur diffusion. Et les bandelettes d’autosurveillance glycémique pour les diabétiques, dont la fiabilité peut être altérée par la chaleur. Règle absolue : tout produit dont l’aspect a changé (couleur, texture, comprimé fendu) ne s’utilise pas.

Que faire en pratique

Ne jamais arrêter un traitement de soi-même par peur d’un effet aggravant. Une interruption brutale d’antidépresseur, d’anti-hypertenseur ou d’antiépileptique peut faire bien plus de dégâts que la canicule elle-même. Le réflexe à avoir, c’est d’appeler son médecin ou de passer voir son pharmacien dès le début de l’été, ou dès l’annonce d’une vague de chaleur durable. Pour certains traitements, une adaptation temporaire des doses reste possible. C’est typiquement le cas des diurétiques chez la personne âgée.

Boire régulièrement, sans attendre la soif, surtout après 65 ans : la sensation de soif s’émousse avec l’âge. Sauf cas particulier (insuffisance cardiaque sévère, certaines pathologies rénales), 1,5 à 2 litres par jour reste un repère raisonnable.

Et surtout, savoir repérer les signes qui doivent alerter. Crampes. Maux de tête persistants. Nausées. Faiblesse, somnolence inhabituelle, confusion. Chez une personne âgée ou polymédiquée, ces symptômes justifient un appel au 15 sans attendre.

L’essentiel tient en une phrase : un médicament n’est jamais dangereux en lui-même pendant une canicule, c’est la combinaison chaleur + déshydratation + traitement qui peut faire basculer la situation. La meilleure protection reste un échange rapide avec son médecin ou son pharmacien avant le pic de chaleur. Pas après.

Sources : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), dossier Canicule et produits de santé, mises à jour 2025. Santé publique France, Bilan canicule été 2025. Ordre national des pharmaciens. Service public, Médicaments : précautions à prendre en été.