Les deux mots sont souvent utilisés comme synonymes. Ils ne désignent pas la même chose. L’un est inconfortable. L’autre peut tuer en quelques heures.
Chaque été, la même histoire. Quelqu’un revient d’une balade en plein soleil avec mal au crâne. La famille hésite : « Tu as juste pris un coup de soleil sur la tête, repose-toi ». Souvent, c’est vrai. Parfois, c’est plus grave. Et quand c’est plus grave, le temps de réaction compte plus que tout. Le coup de chaleur tue dans environ 10 % des cas, et les séquelles neurologiques s’installent en quelques dizaines de minutes quand le refroidissement tarde. L’enjeu est donc simple : savoir distinguer une insolation, qui peut généralement se gérer à la maison, d’un coup de chaleur, qui justifie d’appeler le 15 sans hésiter.
L’insolation : la tête et le cou en première ligne
L’insolation, c’est d’abord une histoire d’exposition directe au soleil. Tête nue, nuque dégagée, plein cagnard pendant deux heures. Les rayons chauffent localement le cerveau et provoquent une réaction inflammatoire des méninges.
Côté symptômes, on retrouve un cocktail assez reconnaissable. Maux de tête souvent intenses, parfois pulsatiles. Sensation de chaleur diffuse, surtout au visage. Vertiges, étourdissements quand on se lève. Nausées, parfois des vomissements. Fatigue importante. La fièvre existe, mais elle reste modérée la plupart du temps, entre 38 et 40 °C. Et surtout : la personne transpire normalement, elle est consciente, elle répond aux questions, elle se plaint.
À ce stade, la prise en charge tient en quelques gestes simples. Mettre à l’ombre, dans un endroit frais. Allonger, surélever légèrement les jambes. Faire boire de l’eau fraîche par petites gorgées. Rafraîchir la nuque, le front, les poignets avec un linge humide. La récupération prend généralement quelques heures.
Le problème, c’est qu’une insolation négligée peut basculer vers le coup de chaleur. C’est tout l’intérêt d’agir tôt.
Le coup de chaleur : une défaillance globale du corps
Ici, ce n’est plus une affaire de soleil sur la tête. C’est l’ensemble du système de régulation thermique qui lâche. Le corps n’arrive plus à évacuer sa chaleur. La température corporelle dépasse 40 °C. Et le tableau clinique change complètement.
Deux signes font la différence avec une insolation. Le premier, c’est l’état neurologique. Confusion, propos incohérents, désorientation, agitation, somnolence inhabituelle, voire convulsions ou perte de connaissance. Le cerveau souffre, et ça se voit. Le second signe, c’est la peau. Souvent chaude et sèche, parce que la transpiration s’est arrêtée. C’est un signal d’alarme à connaître par cœur : peau brûlante au toucher, pas de sueur, confusion. Cela suffit à suspecter un coup de chaleur, même sans thermomètre.
Autre point important : le coup de chaleur ne survient pas qu’au soleil. Il frappe aussi à l’ombre, en intérieur, dans un appartement mal ventilé, dans une voiture fermée, dans une chambre d’EHPAD. Il touche les nourrissons, les personnes âgées, les patients sous certains traitements (antidépresseurs, antipsychotiques, antiparkinsoniens, neuroleptiques notamment). Et il existe une forme particulière, le coup de chaleur d’effort, qui frappe des sportifs en bonne santé pendant un effort intense par temps chaud. Un marathonien, un militaire à l’entraînement, un cycliste qui pousse en pleine canicule. Là, l’âge et la condition physique ne protègent pas.

Comment trancher rapidement
L’insolation, c’est une personne qui a pris le soleil, qui a mal à la tête, qui a chaud, qui transpire, qui est consciente et lucide, avec une fièvre qui reste sous les 40 °C.
Le coup de chaleur, c’est une personne dont la température dépasse 40 °C, dont la peau peut être chaude et sèche, et qui présente des troubles neurologiques : elle est confuse, désorientée, somnolente, ou pire, inconsciente. Si une personne est confuse après une exposition à la chaleur, on appelle le 15.
Quand appeler le 15 sans hésiter
Tout trouble de la conscience après une exposition à la chaleur, même bref, même léger. Une personne qui parle bizarrement, qui ne reconnaît pas un proche, qui s’endort dans la conversation : ce n’est pas une insolation simple. Une perte de connaissance, même de quelques secondes. Des convulsions. Une peau brûlante et sèche associée à une grande fatigue. Une température supérieure à 40 °C, mesurée ou simplement suspectée au toucher. Des vomissements répétés qui empêchent toute réhydratation. Une respiration rapide, un pouls très rapide, ou au contraire une tension qui s’effondre avec sensation de malaise imminent.
Chez le nourrisson et l’enfant, les signes d’alerte ont leur propre liste. Pleurs faibles ou geignements continus, fatigue inhabituelle, yeux cernés, langue et lèvres sèches, fontanelle creuse chez le bébé. Le test du pli cutané reste un repère utile : si on pince doucement la peau du ventre et qu’elle reste plissée au lieu de se remettre instantanément en place, la déshydratation est déjà installée. Dans cette situation, on appelle le 15 sans temporiser.
Les gestes utiles en attendant les secours
Quand on a appelé le 15 et qu’on attend l’équipe, l’objectif est unique : faire baisser la température corporelle. C’est le seul traitement qui compte.
On déplace la personne dans l’endroit le plus frais possible. À l’ombre, dans un courant d’air, dans une pièce climatisée, dans un escalier de service, dans une cave. Tout ce qui est plus frais que là où elle se trouve. On retire les vêtements superflus.
Le refroidissement actif est la priorité. On asperge le corps d’eau fraîche, on enveloppe la personne dans un drap mouillé, on multiplie les linges humides sur la tête, le cou, le tronc. Si on a accès à un ventilateur, on le met en marche : l’évaporation accélère le refroidissement. Si on a de la glace ou des poches froides, on les place dans les zones où passent les gros vaisseaux : aisselles, plis de l’aine, cou. On enveloppe les poches dans un linge pour éviter les brûlures.
Si la personne est consciente, on la fait boire de l’eau fraîche par petites quantités, lentement. Si elle est inconsciente mais qu’elle respire, on la met en position latérale de sécurité et on surveille sa respiration jusqu’à l’arrivée des secours. Si elle ne respire pas, on commence la réanimation cardio-pulmonaire.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Donner du paracétamol ou de l’aspirine pour « faire tomber la fièvre » est inutile, et l’aspirine peut même aggraver les choses en perturbant la thermorégulation. Le coup de chaleur n’est pas une fièvre infectieuse. Le paracétamol n’a aucune action sur l’emballement de la thermorégulation.
Plonger brutalement la personne dans un bain glacé n’est pas recommandé dans le cadre familial. Cette méthode existe en milieu sportif spécialisé (coup de chaleur d’effort, prise en charge par des professionnels formés), mais à domicile elle peut provoquer un choc, des frissons qui augmentent la production de chaleur, ou un arrêt cardiaque chez un sujet fragile. Mieux vaut un refroidissement progressif par aspersion d’eau fraîche et ventilation.
Faire boire des boissons très froides en grande quantité d’un coup peut provoquer des vomissements. On préfère des gorgées fréquentes d’eau fraîche.
Et puis, l’erreur la plus fréquente : attendre. Se dire que ça va passer, que la personne va récupérer toute seule, qu’il fait moins chaud à 18 h. Le retard d’appel au 15 est, statistiquement, la première cause de décès évitable par coup de chaleur.
En cas de doute sur l’état d’une personne, composez le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro européen).
Sources : Santé publique France, Conduite à tenir en cas de fortes chaleurs. Croix-Rouge française, Coup de chaleur — gestes de premiers secours. info.gouv.fr, Sport et canicule : attention au coup de chaleur. INRS, Travail lors de période de forte chaleur — gestes de premiers secours. Recommandations 2025.