La bonne nouvelle : dans la très grande majorité des cas, c’est bénin et ça se règle en deux ou trois jours. La moins bonne : quelques réflexes suffisent à faire basculer une simple gastro en vraies vacances gâchées. Le point de ce qu’il faut vraiment savoir avant le décollage.
Ce que c’est, et pourquoi ça touche autant de monde
La turista, ou diarrhée du voyageur, c’est un épisode de diarrhée aiguë qui survient pendant le séjour à l’étranger ou dans les sept jours qui suivent le retour. Elle est spontanément résolutive dans la majorité des cas, en un à trois jours. Rien de plus banal.
Le mécanisme est presque toujours le même : ce que les épidémiologistes appellent le péril fécal. Des bactéries, des virus ou des parasites présents dans les eaux souillées ou les aliments contaminés arrivent jusqu’au tube digestif d’un voyageur qui n’a pas d’immunité contre ces germes locaux. Les habitants du pays, eux, ont développé au fil des années une tolérance qui les protège de la plupart de ces agents. Vous, pas.
Dans 80 % des cas, la cause est bactérienne. La plus fréquente reste Escherichia coli entérotoxinogène, suivie par Campylobacter, Salmonella et Shigella. Les parasites (giardia, amibiase) représentent 5 à 10 % des cas, souvent en cause dans les formes qui traînent au-delà de deux semaines. Les virus complètent le tableau.
Les destinations les plus à risque restent l’Asie du Sud et du Sud-Est, l’Afrique subsaharienne, et l’Amérique latine dans une moindre mesure. Mais la turista peut vous rattraper à peu près partout, y compris dans les hôtels 5 étoiles, y compris en Europe si les conditions d’hygiène de la cuisine ne sont pas optimales.

La prévention passe surtout par l’assiette et le verre
C’est là que se joue l’essentiel. Les recommandations sanitaires internationales, régulièrement mises à jour par le Haut Conseil de la Santé Publique et l’Institut Pasteur, tiennent en une formule simple, que les voyageurs anglo-saxons résument depuis longtemps : « boil it, cook it, peel it — or forget it ». Bouillir, cuire, peler, ou renoncer.
Pour l’eau, la règle est claire. Boire uniquement de l’eau embouteillée, capsulée, ouverte devant vous. Ou de l’eau bouillie une minute.
Les glaçons, même dans un cocktail en bord de piscine, sont faits d’eau du robinet dans la majorité des établissements et représentent l’une des sources les plus fréquentes de turista. On les évite.
Côté alimentation, quelques catégories concentrent la majorité des contaminations. Les crudités (salades, tomates, légumes qui poussent au sol) sont probablement le premier vecteur : elles ont été lavées, mais avec quoi. Les coquillages et fruits de mer crus sont à éviter systématiquement. Les glaces artisanales, préparées avec du lait cru ou de l’eau non désinfectée, sont un piège classique — les glaces industrielles emballées et intactes présentent beaucoup moins de risques. Les plats réchauffés au buffet posent problème dès lors qu’ils sont restés plusieurs heures à température ambiante. Les jus de fruits pressés minute avec de la glace pilée aussi.
Les aliments qui restent sûrs : les plats bien cuits servis chauds, les fruits que vous pelez vous-même avec des mains propres, les aliments emballés d’usine, le pain, les œufs bien cuits, les viandes et poissons complètement cuits. Le lait ne se consomme que pasteurisé ou bouilli.
L’hygiène des mains, enfin, reste ce que les infectiologues appellent la pierre angulaire de la prévention. Se laver les mains à l’eau et au savon avant chaque repas et après chaque passage aux toilettes réduit très significativement le risque. En complément, ou quand on n’a pas d’eau à disposition, une solution hydro-alcoolique fait très bien le travail.

La trousse à pharmacie qui compte vraiment
Une bonne trousse voyage tient dans une pochette de la taille d’un livre de poche. Voici ce qu’il faut vraiment y mettre.
Les sels de réhydratation orale (SRO), en tête de liste. C’est le traitement de fond de toute diarrhée du voyageur, et le seul absolument indispensable. Un sachet dilué dans un litre d’eau (embouteillée, bouillie ou désinfectée) apporte les électrolytes et le glucose nécessaires pour compenser les pertes. Chez l’adulte en bonne santé, ça évite de basculer vers une déshydratation qui va prolonger et aggraver l’épisode. Prévoir plusieurs sachets par voyageur.
Une solution hydro-alcoolique pour l’hygiène des mains quand l’eau et le savon manquent. Un petit flacon de 100 ml passe en cabine sans problème.
Des comprimés de désinfection de l’eau si vous voyagez en zone où l’eau embouteillée n’est pas systématiquement disponible.
Le lopéramide (Imodium et génériques) mérite une explication détaillée, parce que c’est le médicament le plus mal utilisé de la trousse voyage. Il ralentit le transit intestinal, ce qui soulage rapidement en réduisant la fréquence des selles. C’est confortable pour un vol long, une excursion prévue, une réunion professionnelle. Mais il ne traite pas la cause. Et il a des limites d’usage strictes qu’il faut respecter à la lettre. Il est formellement contre-indiqué en cas de sang dans les selles, en cas de fièvre supérieure à 38,5 °C, et chez l’enfant de moins de 2 ans. La prudence s’impose chez l’enfant de moins de 6 ans (des cas d’iléus paralytique ont été rapportés). Il ne doit pas se prendre plus de trois jours. Et surtout, il ne remplace pas les SRO : on l’ajoute à la réhydratation, on ne substitue pas.
Le racécadotril (Tiorfan) est une alternative intéressante. Il n’agit pas sur la motilité intestinale mais sur les sécrétions, ce qui limite le risque de constipation en rebond que provoque parfois le lopéramide. Il peut être utilisé chez l’enfant à partir de 3 mois avec une posologie adaptée au poids.
Un antiémétique contre les vomissements (métopimazine, dompéridone selon prescription) peut aider si les vomissements empêchent de boire les SRO.
Les signaux qui doivent faire consulter
La plupart des turistas se règlent seules. Certaines situations imposent en revanche de chercher un avis médical, sur place ou par téléconsultation.
La présence de sang ou de glaires dans les selles évoque un syndrome dysentérique. Il faut un traitement antibiotique.
Une fièvre supérieure à 38,5 °C, surtout si elle est associée à des douleurs abdominales importantes ou à plus de six selles par jour, oriente vers une origine bactérienne invasive qui justifie une consultation.
Les signes de déshydratation : soif intense, langue sèche, yeux creux, pli cutané qui reste marqué, urines rares et foncées, sensation de malaise à la station debout. Chez le nourrisson, la fontanelle qui se creuse est un signe majeur.
Des vomissements qui empêchent de boire compromettent la réhydratation orale et peuvent imposer une perfusion.
Une durée qui dépasse trois à cinq jours sans amélioration, malgré une hydratation correcte.
Chez le nourrisson, l’enfant de moins de 5 ans, la femme enceinte, la personne âgée, l’immunodéprimé : la marge de sécurité est bien étroite, on consulte plus tôt.
Un cas mérite une mention particulière : toute fièvre chez un voyageur qui revient d’une zone de paludisme est une urgence, indépendamment de la présence d’une diarrhée. On ne conclut jamais à une « simple turista fébrile » au retour d’Afrique subsaharienne sans avoir éliminé cette possibilité.
Et au retour ?
La turista contractée à l’étranger peut continuer à s’exprimer les jours qui suivent le retour. C’est normal jusqu’à une semaine après le retour. Au-delà, plusieurs situations méritent attention.
Si une diarrhée qui persiste plus de deux semaines après le retour, une consultation médicale et un examen parasitologique des selles s’imposent. Le traitement dépend du parasite identifié.
Deux règles pour finir. La première : la prévention alimentaire fait 90 % du travail. Ce qui rentre dans l’assiette et dans le verre décide de ce qui va se passer dans les toilettes. La seconde : quand la turista devient inconfortable, la réhydratation par SRO passe avant tout le reste. C’est le geste qui fait la différence entre trois jours désagréables et une hospitalisation à la fin du voyage.