ostéopathie

Plus de 20 millions de consultations d'ostéopathie par an, en France

L’ostéopathie : thérapie efficace ou vaste supercherie ?

David Dessauge

David Dessauge

David Dessauge, directeur adjoint d'Ostéobio, école de formation d'ostéopathes biomécaniciens, label OSTEO. Partenariat La santé surtout - Ostéobio.net

Avec plus de 20 millions de consultations d’ostéopathie par an selon l’IRDES (Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé), cette thérapie manuelle a le vent en poupe, et on aurait tendance à supposer qu’elle est efficace sur la plupart de nos troubles quotidiens, mais qu’en est-il vraiment ?

L’ostéopathie, médecine manuelle, dont le concept repose sur la capacité de soigner avec ses mains, semble promise à un avenir radieux.

En effet, avec l’explosion du mal de dos et l’apparition de nouvelles affections directement liées aux conditions de travail, tels que les Troubles Musculo-Squelettiques, l’ostéopathie propose une alternative intéressante face à une médecine allopathique en manque de solutions dans ce domaine.

Cependant, comme toute nouvelle thérapie, son intégration au système de soins divise. D’un côté, les pro-ostéopathes qui ne jurent que par cette nouvelle façon de prendre en charge un patient, de l’autre les anti-ostéopathes (le plus souvent des médecins) qui considèrent cette profession comme immature, et dont les effets bénéfiques ne font pas l’unanimité au sein de la littérature scientifique.

La faute à qui ?

Mais qui apporte vraiment le discrédit sur cette profession ? Les ostéopathes n’ont-ils pas une part de responsabilité ?

Une chose est sure, prétendre que l’ostéopathie est efficace ne veut pas dire grand chose. En effet, comme le disait Euclide : « Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve ».

Ainsi, fini les ostéopathes qui vous diront : « Bien sûr que je suis efficace, je le vois tous les jours en cabinet », et bonjour aux ostéopathes qui souhaitent remettre en question leurs dogmes, leur profession, et la soumettre comme toute thérapie aux résultats de la recherche clinique.

Et des résultats il y en a. Il faut juste les chercher et les accepter dans toute leur nuance.

Toute d’abord, empressons-nous de clarifier une chose essentielle : l’ostéopathie en tant que médecine manuelle ne peut pas être considérée comme efficace, pas plus que la médecine conventionnelle.

Lorsque vous êtes malade, c’est le médicament prescrit par votre médecin ou l’acte kinésithérapique ou chirurgical qui est efficace sur vos symptômes. Ce n’est pas la médecine allopathique (encore moins la sécurité sociale) qui atténue votre douleur ou qui redonne sa fonction à un organe, mais bel et bien le principe actif auquel vous avez eu recours.

Il ne viendrait à l’idée de personne de vouloir valider l’efficacité de la médecine au sens large, alors pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’ostéopathie ? De la même manière, lorsque l’ostéopathe vous prend en charge, il dispose d’outils thérapeutiques (manipulations, mobilisations, manœuvres) qui, eux, peuvent faire (et ont déjà fait) l’objet d’études quant à leur efficacité.

Que dit la littérature scientifique ?

À ce jour, il existe encore trop peu d’études et d’essais randomisés concernant l’efficacité des outils thérapeutiques effectués par les ostéopathes en cabinet. Cependant, certaines revues et certains rapports [1] ont déjà classifié ces actes selon leur efficacité face à plusieurs motifs de consultations donnés.

En résumé, sur les troubles fonctionnels les plus fréquemment retrouvés en cabinet, les actes les plus efficaces sont les manipulations et les mobilisations articulaires vertébrales et périphériques, lesquelles répondent positivement à près de 80% des motifs de consultation de la population. En d’autres termes, ce sont les actes les plus simples et les plus directement appliqués à la zone en dysfonctionnement qui bénéficient du meilleur niveau de preuve d’efficacité. A l’inverse, les protocoles multipliant les techniques (locales, à distance, articulaires, viscérales, mécaniques, fluidiques, etc.) ne démontrent aucune efficacité supplémentaire.

En réalité, leur validation repose assez souvent sur le fait que le patient se sent globalement mieux, ce qui n’est pas la même chose que de savoir si une prise en charge a définitivement répondu positivement à un motif de consultation donné à travers l’étude de critères d’évaluation clairement définis.

La nature profonde du traitement ostéopathique

Aujourd’hui, de plus en plus d’ostéopathes ont recours à ce genre de protocoles qui, bien loin de faciliter leur intégration au parcours de santé du patient :

 positionnent des théories et des axiomes au centre de la prise en charge au lieu d’y placer le patient et ses particularités anatomiques ou physiologiques.

survalorisent par des moyens fallacieux leurs pseudo compétences professionnelles.

  les incitent à délaisser des outils thérapeutiques simples et efficaces mais nécessitant un haut niveau de technicité.

donnent l’impression que le traitement doit être justifié par sa quantité et non par sa qualité.

contribuent à cloisonner la pratique ostéopathique par rapport aux autres médecines et thérapies.

Face à cette hétérogénéité de la pratique ostéopathique, on peut comprendre la perplexité des médecins et des paramédicaux qui ne savent pas toujours vers qui orienter leurs patients. Ces derniers sont d’ailleurs de plus en plus souvent décontenancés.

Il semblerait donc que se soit à nous, ostéopathes, d’ouvrir la porte à une interdisciplinarité depuis longtemps attendue au sein du monde médical, en commençant par rationnaliser nos concepts, ainsi que notre expertise clinique et thérapeutique.

Ceci ne signifie pas pour autant qu’une approche analytique du motif de consultation doit être favorisée au détriment d’une approche fonctionnelle plus large, bien au contraire. Toutefois, il convient d’adopter une posture professionnelle et conceptuelle plus pragmatique, et surtout plus éthique, fondée sur des éléments observables et objectivables, susceptibles de faire consensus avec les autres professions de santé. Il convient notamment d’accepter l’idée que l’on traite des symptômes avant d’oser prétendre que l’on soigne systématiquement la cause.

[1] Revues cochranes et UK evidence

 

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